Fugue punk

Un objet hybride m’est parvenu : Janine d’Olivier Hodasava. Entre l’enquête et le roman, ce livre nous fait le portrait d’une musicienne punk qui a joué sa rage avant d’en finir avec la vie.

On n’a pas fini de s’intéresser au collectif inculte, à la maison d’édition qui en est née et à toutes les personnes fascinantes qui y sont liées de près ou de loin : Mathias Enard dorénavant consacré, François Bégaudeau dont je reparlerai bientôt, Arno Bertina que traduisait Laird Hunt et maintenant Olivier Hodasava qui livre avec Janine son premier roman et l’expérience qui, selon ses mots, lui a fait quitter l’innocence.

Janine n’est donc pas une fiction. C’est la jeune fille au clavier du groupe de musique À trois dans les WC. Adolescent, l’auteur a croisé sa route, un soir de concert où elle quitta soudainement la scène, quelques heures avant son suicide. Le livre est certes un roman, mais un roman qui enquête, qui cherche à saisir la personnalité de cette musicienne impénétrable et tente de trouver les signes avant-coureurs de son basculement. L’auteur n’est pas très loin du journalisme narratif, tant il a collecté les entretiens avec les membres du groupe, les extraits d’articles ou les photos d’archive.

« Sur les photos de cette époque, elle fait penser à la Juliette Binoche des débuts, celle du Rendez-vous de Téchiné. Ça ne tient pas seulement aux cheveux noirs coupés court. Non. Il y a de l’indicible – une violence contenue, une effronterie encore adolescente, une déchirure que l’on peut supposer – si l’on ne connaît pas sa vie – apprivoisée. Il y a cet air décidé, buté. On la sent intransigeante, exigeante, sur le fil du rasoir, tendue d’une certaine façon, comme s’il allait bientôt y avoir des comptes à régler. »

Extrait de Janine.

Il y a quelque chose d’envoûtant dans ce livre, autour de la présence mystérieuse de Janine et à propos de la quête musicale maudite de ces punks débraillés. À travers les témoignages, c’est à chaque fois une lumière différente qui se porte sur la musicienne, sans jamais verser dans l’impudeur. En déterrant ces souvenirs, Olivier Hodasava ramène à la vie l’époque des années 1980. On lit avec beaucoup d’entrain le langage de ces adolescents faits de cuir et d’électricité. Leurs groupes de musique nés dans les garages, leurs surnoms improbables, leur joie de vivre et leurs provocations.

Olivier Hodasava signe une centaine de pages très riches de ce point de vue, truffées de formules et d’expressions frappant dans le mille. On regrette néanmoins l’effacement du projet romanesque derrière le travail d’enquête. Pourtant, la démarche du romancier esquissait des pistes passionnantes : la genèse de ce livre ou bien les vies imaginées pour Janine si elle n’était pas morte…

Le roman offre tout de même un moment de lecture prenant, en produisant une forme de communion entre les membres du groupe, l’auteur et le lecteur. Tous sidérés devant la fuite irrésolue de Janine et tous en quête de mots ou de notes pour l’exprimer. Olivier Hodasava propose déjà avec ce livre une belle tentative pour traduire la fureur qui fait les punks.

Pour en savoir plus :
– Sur Olivier Hodasava, blogueur infatigable sur Dreamlands Virtual Tour et fondateur du remarquable Ouvroir de Cartographie Potentielle.
– Sur le collectif inculte et la maison d’édition.
– Sur le groupe À trois dans les WC/WC3.

Olivier Hodasava, Janine, Éditions Inculte, 111 p.

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