À la lisière

Entre les profondeurs mystérieuses de la forêt et le reste du monde : la lisière. Alain Galan marche sur cette ligne de crête, entre surnaturel et réalité, écrivant un roman intriguant et mystérieux.

Peau-en-poil, un titre à faire froncer les sourcils, à créer des moues dubitatives. Ajoutez à cela le sujet pas très engageant de la taxidermie et on se doute bien que le roman va avoir du mal à susciter autant d’attention que les hits de la rentrée littéraire d’hiver. Peau-en-poil va à rebours de toute cette agitation, aussi bien dans ses thèmes insolites que dans son style. L’auteur ne manque pas de suggérer le contraste : « Il m’arrive de m’endormir sur mon livre et mes lectures à l’ancienne. Sans doute devrais-je revoir mes choix, opter pour la littérature revigorante du moment, style mitraillette, phrases nominales, modernité prétendue. » Il y a en effet un peu d’ancien dans ce roman et dans tous les détours pris pour parfois arriver au bout d’une phrase. On préfère tâtonner dans l’intrigue que dans la complexité de certaines syntaxes. On remarque un peu trop, aussi, l’obsession de certains thèmes et certains mots, quand bien même ils sont séduisants : la porosité entre la vie et la mort, la lisière, le silence des bêtes…

Passé ces défauts, on suit avec beaucoup de curiosité ce narrateur qui a décidé de recueillir les animaux naturalisés de son ami taxidermiste après sa mort. Le récit va chercher à donner un sens à ce hobby inhabituel, tout en déroulant une somme d’interrogations sur la nature, les animaux et ce qu’il reste de vie aux bêtes empaillées…

Vents des forêts 4

Vent des forêts, Meuse, été 2015.

« Plaisantait-il ? Était-il sérieux ? Ou se jouait-il de lui-même, de cette part d’enfance demeurée en lui, enchevêtrée dans la vieille nasse des années qui, chez la plupart d’entre nous, s’effiloche au fur et à mesure que nous tombons en âge ? Chez lui, elle tenait encore bon, l’enfantine nasse. Elle recélait, comme un trésor, force galets et coquillages. »

Extrait du roman.

Peau-en-poil est ce genre de livre chargé de mystères et d’irrésolus, où on n’en sait pas beaucoup plus à la fin qu’au début. On pense à Colline de Jean Giono, à Tracks de Louise Erdrich et même à la série Twin Peaks de David Lynch. Alain Galan nous rappelle ces œuvres fascinées par la nature, par son hostilité, où l’on choisit de croire que les forêts sont habitées par autre chose que les bêtes et les hommes. Les personnages se tiennent à la lisière de ce monde, pour reprendre les mots de l’auteur, jusqu’à ce que celle-ci s’estompe et qu’ils emportent en société des comportements d’homme en forêt. Jusqu’à ce que les villes leur semblent plus étranges que l’idée d’esprits dans les forêts.

Vent des forêts, Meuse, été 2015.

Vent des forêts, Meuse, été 2015.

Peau-en-poil a le mérite de capturer l’âme habitant le désert français, peut-être à la manière des attrape-rêves que fabrique le personnage principal… Alain Galan parvient à saisir l’étrangeté de ce monde et de ses paysages un jour de ciel gris. Il est arrivé à décrire fidèlement l’intimité des ateliers d’artistes perdus en pleine campagne et celle qui se noue avec les animaux au bord des routes. En pleine lecture, on se découvre soudainement éloigné de la ville. On se voit emprunter des sentiers rarement battus à mesure que se posent des questions inhabituelles. Une chose suffisamment rare pour distinguer ce roman du reste de la rentrée littéraire d’hiver.

Alain Galan, Peau-en-poil, Buchet Chastel, 2016, 208 p.

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