La bibliothèque des refusés

Jack Gleeson dans le rôle de Joffrey Baratheon dans la série Game of Thrones (HBO).

Jack Gleeson dans le rôle de Joffrey Baratheon dans la série Game of Thrones (HBO).

Tandis que la France s’adonnera bientôt à son traditionnel bal de prix littéraires, mélange d’obscures intrigues politiques et éditoriales, les États-Unis peuvent se vanter d’avoir inventé une récompense littéraire inédite : la « Banned Books Week ». La France avait inventé au XIXème siècle le Salon des refusés pour ses peintres refoulés, les États-Unis ont créé un havre semblable pour la littérature. Tout du moins, ils ont trouvé le moyen de mettre en avant ce qui est parfois éclipsé par la morale, le bon goût et la censure. Cette « bibliothèque des refusés », comme je me propose de la nommer, est toutefois moins une compétition littéraire que le recensement de livres censurés.

Depuis 1982, l’American Library Association fait la liste de ces livres qui finissent par choquer au point d’être interdits dans certaines écoles, bibliothèques ou librairies. Génial geste de défiance fait aux divers conservateurs et puritains qui peuvent pulluler dans ce pays, cette improbable liste a le don de nous proposer des livres qui ont produit un véritable bouleversement.

Si quelques titres peu intéressants et vaguement provocateurs se sont retrouvés parachutés dans cette liste, il est fascinant d’observer que beaucoup des chefs-d’œuvre de la littérature américaine ont été tôt ou tard concernés par la censure. On y retrouve ainsi The Great Gatsby de F. S. Fitzgerald, Of Mice and Men de John Steinbeck et des titres plus récents. Notamment The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky, l’un des plus censurés. Un livre remarquablement adapté au cinéma et qui deviendra sans doute un des piliers de la littérature adolescente avec The Catcher in the Rye de J. D. Salinger, lui aussi souvent interdit. Il est assez amusant de remarquer que le livre le plus censuré dans les années 2000 demeure néanmoins la série Harry Potter, à cause de son « occultisme » et de sa représentation élogieuse de la « sorcellerie ».

Le site répertorie avec une précision remarquable ces livres qu’on a voulu épargner à la jeunesse américaine pour ne pas la choquer, pour ne pas qu’elle apprenne la déviance, les revers sombres de l’American way of life ou l’histoire sanglante du pays. On retrouve en effet souvent sur le site des livres qui abordent sans détours l’esclavage et les inégalités raciales, la guerre du Vietnam, l’homophobie, la drogue, ou le sexe. Dans un bel élan de résistance, le monde éditorial américain prouve à travers cet évènement qu’il a sans doute peu à envier au nôtre, car il y a peut-être plus à apprendre des livres interdits que de ceux que l’on encense.

Pour aller plus loin :

Le richissime site de l’évènement qui viendra nourrir vos listes de lecture.
Le classement des livres les plus censurés entre 2000 et 2009.
Une belle chronologie reprenant les livres censurés qui ont marqué l’Amérique depuis 1982.

Simon Chodorge

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